Lors de mon premier jour d’école, une petite fille m’a demandé d’être sa meilleure amie. Nous avions cinq ans. Nous portions toutes deux des pulls aux couleurs vives et des rubans dans les cheveux qui nous donnaient l’air de cacatoès. « Qu’est-ce qu’il faut que je fasse ? » ai-je demandé avec inquiétude. il s’était déjà passé beaucoup de choses ce jour-là, j’étais devenue méfiante. « Je ne sais pas », reconnut-elle. « Mais il paraît que c’est bien d’avoir des amis ».

Et comme elle avait raison ! Quelle sagesse, à cinq ans ! Elle s’appelait Jillyan, et j’ai tout de suite donnné son nom à l’une de nos poules, pour marquer que nous étions amies et que c’était bien. Nous habitions une banlieue de Dublin et élevions onze poules dans un petit jardin ; elles ont fini par porter des noms comme Jillyan, Celeste, Eunice, Mary et Philippa, en hommage à l’amitié. Elles ont gloussé jusqu’à un âge avancé, mais quand elle sont toutes tombées du perchoir, leur temps accompli, les amitiés ont survécu. Des amitiés qui ont éclairé ma vie, comme l’amitié l’a fait partout et de tout temps.

Honnêtement, je ne sais pas comment on peut vivre sans amis. Des gens avec qui partager des secrets, des espoirs et des rêves. Des gens même prêts à partager humiliation, honte et pertes. Des gens avec qui rire sans raison, chanter les mêmes chansons, lire les mêmes livres, ou qui nous diront ce que personne au monde ne nous dira : que notre dernière coloration était une terrible erreur.

Je me souviens du soir où ma mère a appris le décès de son amie. Elle n’est pas allé se coucher. Elle est restée assise à la fenêtre, regardant la nuit au dehors, et aucun de ceux qui l’aimaient n’a pu la consoler, ni son mari, ni ses enfants. »C’était mon amie – nous n’avions pas besoin de nous expliquer quoi que ce soit », ne cessait-elle de répéter.(Texte de Maeve Binchy)